blablabla : tu parles !

L’Encyclopédie de la Parole (projet artistique ambitieux qui explore la question de l’oralité) révèle son blablabla, spectacle jeune public. Ou plus exactement : tout public.

Actuellement et jusqu’au 29 octobre au Paris Villette

Armelle Dousset est extraordinaire, seule en scène, dans cette pièce hors norme construite dans sa structure et sa forme par Joris Lacoste et Emmanuelle Lafon — la collecte des éléments sonore provient d’un travail collectif. L’interprète est équipée d’une tablette tactile multicolore sur le plateau. Ce dispositif lui permet de maîtriser en partie elle-même le lancement des répliques à partir desquelles elle rebondit physiquement, par sa voix, son corps. L’ensemble coule, fluide ; « Armelle Dousset la danseuse » fait toute entière résonance aux répétitions saccadées de phrases — relevant de situations diverses, parfois réelles ou totalement fictionnelles ; la comédienne rend audible l’écho du martèlement des mots et des sons que génère cette écriture rare, grâce notamment à une habilité certaine dans les enchaînements.

Des dizaines d’enregistrements, d’onomatopées sont reprises, compilées pour créer un univers sonore « représentatif » de celui dans lequel baignent les enfants d’aujourd’hui. Moments tout droit sortis de dessins animés, répliques phares de jeux vidéos ou de films, mais aussi phrases prononcées publiquement par des hommes politiques, interventions de youtubeuses, hip-hop, chansons (blablabla bien sûr !) babillages — encore plus jeunes — annonces SNCF, tout passe par le filtre (l’actrice) : sa voix, son interprétation portent en elles tout ce qu’on peut espérer de sincérité et de technique. Et, une nouvelle fois, Joris Lacoste tisse l’hypnose dans l’ensemble de sa réflexion

Justement très enthousiastes durant tout le spectacle, les enfants sont heureux d’être là, dans la salle. Lors de la représentation à laquelle j’ai assisté, une petite fille s’est jetée dans les bras d’Armelle Dousset, à la fin, en plein salut. Les grands aussi passent un « vrai bon moment de théâtre ». Adulte, on ne peut s’empêcher de penser à ces sons, ces phrases, accroches et répliques qu’on a nous-mêmes entendus gamins et qui sont encore là, dans nos têtes — du générique de Jeanne et Serge, par exemple et à titre personnel, aux douces mélopées du Minitel (ah, le Minitel)…

L’Encyclopédie de la Parole, c’est aussi Suite n° 1 A.B.C., qui donnait au spectateur la possibilité de s’imaginer ce que pourrait être (en quelque sorte), le « début de la parole », les prémisses, le commencement (quel qu’il soit) du fait même de parler. L’interprétation était chorale. On se remémore Parlement, un solo déjà très fort, cette fois assuré par Emmanuelle Lafon. Toutes les propositions de l’Encyclopédie de la Parole s’inscrivent dans une continuité de réflexion, de pensée, avec toutefois, dans le ton, dans le propos, systématiquement, quelque chose d’unique dans le champ du spectacle vivant d’aujourd’hui.

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