Deux expositions au Jeu de Paume

Susan Meiselas et Raoul Hausmann, jusqu’au 20 mai

Photographe née en 1948 à Baltimore, États-Unis, Susan Meiselas est membre de l’agence Magnum depuis 1976. Le Jeu de Paume lui consacre une rétrospective : Médiations.

La différence fondamentale de traitement accordée à « la photographie » selon l’appréhension qui en est faite par celui ou celle qui la prend — ou par son éventuel sujet —, par les médias, ensuite, voire par les collectionneurs ou les musées, constitue le point de départ de la réflexion inhérente à Méditations. Une partie de l’exposition met en scène le travail de Meiselas de telle sorte que ces questions restent toujours en suspens, sous-jacentes, dans l’esprit de celui qui regarde, lit, explore — à savoir : qui prend la photo et où, que peut-on voir dessus (ou qui) ? Les circonstances ? A-t-elle été publiée dans un magazine et donc possiblement mise en page, modifiée, coupée ? Ou bien n’est-elle visible « que » dans le salon d’un riche collectionneur, dans les « couloirs » d’un musée ? L’importance de la contextualisation dans l’appréhension des images est un angle omniscient, dans Médiations. Cela en fait clairement, de ce fait, une proposition qui explore les problématiques de représentations actuelles.

Différents lieux, périodes : différentes salles. La première série fait voyager dans les débuts de l’artiste peu après qu’elle ait débarqué à Little Italy (New York). Ladite série est dédiée à l’observation d’un groupe de jeunes filles — pour le moins spontanées et démonstratives —, sur le point de devenir des femmes. D’autres photographies — présentées sous un angle étonnant : à la fois documentaire et artistique — racontent la vie des colocataires de l’époque de Meiselas, témoignages manuscrits à l’appui ; ici, une certaine solitude, plutôt inattendue et inhérente à cette vie en collectivité dans le New York des créateurs et des étudiants dans les années 70 est révélée par les images.

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La salle « dite du Kurdistan » : vous êtes emporté dans une démarche, un travail, un univers bouleversant, captivant, douloureux, fascinant. Le spectateur est projeté dans l’Histoire. On plonge dans « quelque chose » de l’ordre de l’artistique et c’est en même temps tellement scientifique, documenté, exact. Nous sommes en 1990, après le début de la première guerre en Irak, peu après (aussi) les premiers nettoyages ethniques de Saddam Hussein opéré sur les Kurdes. Le travail de Meiselas commence, ici, à ce moment-là, dans cette partie du monde. Et il est monumental. Il tend à aider (tant bien que mal, mais de manière juste, sincère, profonde), à alarmer sur la condition exceptionnelle de ce peuple.

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La photographe a beaucoup « regardé les femmes ». Leurs corps (très peu montrés, plutôt suggérés), leurs identités souvent niées. Susan Meiselas, dans la suite de l’exposition, exhibe des détails observés dans des foyers d’accueils d’urgences (en l’occurrence en Grande-Bretagne), témoigne du fait de violences conjugales, familiales subies ou de mariages forcés. Des femmes qui ont fui. Qui n’ont plus rien. Des objets pour relever l’absence des êtres.

Puis viennent les « travailleuses du sexe » : la troupe de strip-tease (dans les années 70, de nouveau), la parole — orale, visuelle — de maitresses dans un donjon SM : les photos affirment une intention de comprendre ce qu’est ou peut être l’« asservissement » ou le libre arbitre, dans la prostitution, et démontrent une volonté profonde, chez l’artiste, de chercher des clés ; le corps des femmes est maintenant clairement montré et même mis en scène, parfois, par la photographe elle-même — avec une singularité dépourvue de voyeurisme. La question de la domination est très présente.

 

 

Au rez-de-chaussée du Jeu de Paume, vous pourrez apprécier le travail de l’Autrichien dada Raoul Hausmann (1886-1971) ; ses œuvres — pour la plupart des clichés, mais pas uniquement — sont remarquables de beauté, organiques — la plage, les corps blonds, les dunes, l’importance de la danse dans la vie du photographe, les découpages-collages. Cette rétrospective rappelle avec force l’aspect métaphysique propre à l’existence même de l’individu, celle de son univers intérieur révélé, décortiqué, exposé au grand jour par le mouvement dada. L’immensité que procure la possibilité de la création est posée comme un postulat de départ. Le Berlin fascinant de l’entre-deux-guerres est juste là, derrière : l’Histoire, toujours, en filigrane…

 

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